Le matatiki, l’art graphique marquisien qui inspire le tatouage polynésien

Tatouage polynésien tiki dans un triangle – Moana, tatoueuse près de Douai

Quand on pense au tatouage polynésien, on imagine des motifs noirs et géométriques qui s’enroulent autour d’un bras ou d’une épaule. Beaucoup de ces dessins ont une origine précise : le matatiki, l’art graphique des îles Marquises. Moana, tatoueuse polynésienne installée chez Terra Incognita près de Douai, s’en inspire dans une grande partie de ses créations. Voici ce qu’il faut savoir sur cet art, ses symboles, et la façon dont il continue de vivre sur la peau.

Qu’est-ce que le matatiki ?

Le mot se lit en deux parties. Mata désigne le visage ou les yeux. Tiki, c’est le premier homme dans la culture marquisienne, l’ancêtre dont tout le monde descend. Le matatiki, c’est donc « le visage du Tiki » : une façon de représenter l’humain, ses ancêtres et ses dieux.

Aux Marquises, ces motifs ne se limitaient pas à la peau. On les gravait dans la pierre, on les sculptait sur les armes et les objets de cérémonie, on les dessinait sur des bambous ou sur le tapa, une étoffe fabriquée en battant l’écorce de certains arbres. Le tatouage était un support parmi d’autres, mais c’est lui qui a fait connaître le matatiki dans le monde entier.

Depuis 2020, le matatiki fait partie de l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel, une première étape vers une reconnaissance par l’UNESCO.

Le patutiki, le tatouage des Marquises

Le tatouage marquisien a son propre nom : le patutiki, que l’on peut traduire par « frapper le Tiki ». Le nom vient de la technique d’origine : le tatoueur tapait avec un petit maillet sur un peigne pour faire pénétrer l’encre dans la peau.

Un savoir transmis par des maîtres tatoueurs

Tatouer était le métier de spécialistes, les tuhuka (ou tuhuna selon les îles). Ils connaissaient le sens de chaque motif et savaient comment les assembler. Leurs peignes étaient taillés dans l’os, la nacre ou l’écaille de tortue, et l’encre était obtenue à partir de la suie de la noix de bancoul.

Un tatouage qui raconte une vie

Recevoir ses premiers tatouages marquait le passage à l’âge adulte. Ils montraient ensuite à quelle famille et à quel clan on appartenait, et gardaient la trace des grands moments d’une vie. Les tatouages pouvaient couvrir tout le corps, visage compris, et aucune composition n’était identique à une autre : chacune racontait l’histoire de la personne qui la portait.

Tatouages polynésiens sur l'avant-bras inspirés du matatiki, réalisés par Moana près de Douai
Des manchettes d’avant-bras qui reprennent les symboles du matatiki : visages, yeux, spirales.

Les symboles du matatiki que l’on retrouve aujourd’hui

Le principe du matatiki est de décomposer la figure du Tiki en petits éléments (un œil, une main, un profil) puis de les simplifier, de les répéter et de les combiner. C’est pour cela qu’en regardant attentivement un tatouage marquisien, on voit souvent des visages apparaître.

  • Les enata : de petites silhouettes humaines. Elles représentent les proches, la famille ou les ancêtres.
  • Les yeux (mata) : on dit qu’ils veillent sur la personne tatouée et la protègent.
  • Le Tiki : la figure de l’ancêtre, associée à la protection et à la force.
  • La tortue (honu) : un symbole de longue vie, qui fait le lien entre la terre et l’océan.
  • Les motifs de la nature et du tressage : vagues, étoiles, écailles, tressages… Ils servent à relier les symboles entre eux.

Le sens d’un motif peut varier d’une île à l’autre, et d’un tatoueur à l’autre. Pour découvrir les plus courants, lisez notre page sur la signification des motifs polynésiens.

Un art qui a failli disparaître

Au XIXe siècle, avec l’arrivée des missionnaires et de l’administration coloniale, le tatouage a été interdit aux Marquises. Pendant des décennies, presque plus personne n’a été tatoué, et une partie du savoir s’est perdue.

Ce qui a été sauvé tient en grande partie aux objets gravés conservés dans les musées et aux dessins réalisés à la fin du XIXe siècle par l’ethnologue allemand Karl von den Steinen. Depuis les années 1970-1980, les Marquisiens se sont réapproprié cet héritage. Le matatiki se voit de nouveau sur la peau, mais aussi sur les sculptures, les tapa et les paréos.

Aujourd’hui, le dermographe a remplacé le peigne et le maillet. L’esprit, lui, n’a pas changé : un tatouage polynésien n’est pas un simple dessin, c’est une histoire. Pour en savoir plus sur les techniques d’hier et d’aujourd’hui, découvrez le tatouage polynésien traditionnel.

Comment Moana s’inspire du matatiki

Chez Moan’art, chaque projet commence par une discussion. Moana vous demande ce que vous voulez raconter : une naissance, un voyage, une personne qui compte, une épreuve traversée. À partir de là, elle choisit les symboles et les assemble pour créer une composition unique, pensée pour la forme de votre corps.

Comme chez les anciens maîtres tatoueurs, il n’y a pas de modèle tout fait : chaque tatouage est dessiné pour une seule personne. C’est tout le sens du tatouage polynésien à main levée.

Envie d’un tatouage inspiré du matatiki ? Prenez rendez-vous avec Moana pour en parler. Elle vous reçoit chez Terra Incognita, à Billy-Montigny, à 15 minutes de Douai.

Source : fiche « Le matatiki, art graphique marquisien », Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France, ministère de la Culture.

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